19

Pike resta un moment face à la fenêtre de la caravane, à se demander ce qu’il devait faire. Il ne pouvait pas laisser le chien enfermé là-dedans, ni ces cadavres que les filles en bleu, blanc et rouge risquaient à tout moment de découvrir. Il décida d’appeler la police, mais seulement après avoir fouillé les lieux. Pendant qu’il réfléchissait, le chien cessa de lécher le sang et le regarda. Il pencha la tête, plissa les yeux comme un myope et remua de la queue. Soudain, une flamme surgit au fond de ses prunelles, et il bondit vers la vitre.

— J’espère que je n’aurai pas à te tuer, dit Pike.

Ce chien ne l’effrayait pas, mais tout le problème était de le maîtriser sans lui faire de mal.

Pike trouva une planche à côté du mobile home. Il décrocha la chaîne fixée à l’attelage de la caravane et en fit un nœud coulant autour de la planche. Le chien l’entendait faire et le suivait dans ses déplacements à l’intérieur, aboyant et grondant.

Quand Pike approcha de la porte, il se jeta sur celle-ci comme un troisième ligne.

— Du calme.

Le battant s’ouvrait vers l’extérieur, ce qui l’arrangeait. Pike le bloqua avec son épaule et désengagea la clenche. Le molosse se remit immédiatement à pousser.

Pike entrebâilla la porte juste de ce qu’il fallait pour introduire l’extrémité de sa planche à l’intérieur. Le chien planta ses crocs dans le bois et se mit à secouer rageusement la tête comme il aurait pu le faire pour briser l’échine d’un animal plus petit que lui. Pike réussit à faire glisser son nœud coulant de la planche vers le cou du chien, serra d’un coup sec et traîna le molosse hors de la caravane. L’animal lâcha sa prise et se ramassa pour bondir ; Pike lui souleva les deux pattes avant. Le pit-bull se débattit et ses dents claquèrent dans le vide, en projetant des serpentins de bave. Il ne cherchait pas à fuir, il cherchait à mordre.

Pike traîna le chien jusqu’à l’attelage et enroula la chaîne autour de celui-ci jusqu’à ce que sa tête effleure l’acier. Il avait le front et les épaules lardés de cicatrices, de petites oreilles en charpie et l’œil gauche laiteux. Son arrière-train était criblé de croûtes. Un animal de combat jeté dans la fosse avec des congénères pour que Moon et ses potes rient de les voir s’étriper. Le chien lécha le sang séché de son mufle.

— On dirait que c’est toi qui as ri le dernier, dit Pike.

Il entra dans la caravane en prenant soin d’éviter les rigoles de sang humain. L’odeur chimique des gaz de décomposition, de merde de chien et de chair avariée était épouvantable. Il enfila une paire de gants en latex et remarqua que Williams était blessé au bras droit. Le pli de son coude, au-dessus des 187, était spectaculairement décoloré, avec une grosse bosse visible sous la peau – comme si Williams avait deux coudes au lieu d’un. Pike tâta la bosse et constata que c’était de l’os. Quelqu’un lui avait fracturé le coude.

Pike se dit que ça pouvait être l’œuvre de Frank Meyer. Le coin de sa bouche frémit imperceptiblement, l’équivalent chez lui d’un sourire.

Il fouilla d’abord Williams et découvrit un Glock 9 mm dans une de ses poches arrière. Il examina la chambre puis le chargeur, qui contenait treize balles sur dix-sept possibles. En y ajoutant celle de la chambre, on pouvait en déduire que trois coups de feu étaient partis de cette arme. Pike se demanda si les douilles retrouvées chez Frank provenaient de là. La SID allait soumettre le Glock à une série de tests balistiques et effectuer des analyses comparatives qui apporteraient la réponse. Pike remit le chargeur en place et le flingue dans la poche de Moon.

Ses autres poches contenaient un portefeuille, un jeu de clés, un bandana bleu, un paquet de Kool, deux joints, un briquet Bic rose et une barre aux céréales Pay Day, son portefeuille trois cent quarante-deux dollars et sept cartes Visa à sept noms différents (aucun à celui d’Earvin Williams) mais pas de permis de conduire. Pike passa les clés en revue et en trouva une aux dents ébréchées portant le sigle Buick. Il garda le tout.

Le deuxième cadavre était lui aussi armé d’un Glock 9 mm, auquel manquaient deux balles. Pike trouva sur lui quatre-vingt-six dollars, un paquet de Salem légères, une barre de Juicy Fruit et un second jeu de clés, mais pas de portefeuille ni de portable. Il n’avait pas non plus découvert de portable sur Moon ni sur l’homme à l’extérieur : zéro sur trois, donc.

Pike sortit sur le seuil pour respirer un peu, puis se retourna vers le décor. Des bouteilles de bière vides, deux pipes à crack sur un large plateau en céramique, à côté d’un caillou dans un sachet plastique – ces mecs se la coulaient douce quand ils avaient été descendus, Moon essayant probablement en outre de soulager sa douleur au coude. Il s’était pris deux balles en pleine figure. Son voisin, une dans la poitrine et une dans la tête. Tous deux étaient armés, mais ni l’un ni l’autre n’avait sorti son arme, ce qui suggérait qu’ils avaient été pris de court par quelqu’un qu’ils connaissaient. Le troisième homme s’était sans doute carapaté quand la fusillade avait éclaté, mais il avait été poursuivi à l’extérieur et abattu.

Pike étudia le sol en se demandant si le triple meurtre avait été commis par plus d’une personne. Le chien était resté prisonnier ici plusieurs jours, allant sans relâche de la porte aux fenêtres, entrant et sortant de chaque pièce, montant sur les meubles et redescendant. Le sang, la merde et la pisse qui s’étalaient partout avaient effacé d’éventuelles traces de pas.

Pike découvrit trois douilles. Il les examina l’une après l’autre, sans y toucher : du 9 mm à chaque fois. Il se demanda si les balles qui avaient tué Moon et ses amis correspondraient à celles qu’on avait retrouvées dans le corps de Frank, et si c’était Michael Darko qui avait appuyé sur la détente.

Puis il fouilla rapidement le reste de la caravane sans déceler aucun signe de la présence récente d’un bébé. Il décida d’aller jeter un coup d’œil à la Buick mais, en ressortant, il vit le pit-bull et s’arrêta. L’animal lâcha un aboiement sourd, presque un râle, et se mit à labourer la terre de ses griffes. Sa langue violacée pendait comme une tranche de foie.

Pike récupéra la gamelle d’eau sous la caravane, trouva un tuyau d’arrosage, et déposa la gamelle aux pieds du chien. Celui-ci tenta de boire mais sa chaîne était trop courte. Pike la desserra d’un tour pour lui permettre d’atteindre la gamelle. L’animal se mit à laper bruyamment, en renversant les trois quarts de l’eau.

Pike posa une main sur le dos rugueux du chien, qui pivota à la vitesse d’un serpent, dans une gerbe d’éclaboussures, pour le mordre à la gorge. Il était rapide, mais Pike le fut encore plus : il avait déjà reculé d’un pas pour se mettre hors d’atteinte. Le pit-bull claqua des mâchoires, fou furieux.

Pike ne ressentait ni peur ni colère. Il prit le tuyau et remplit à nouveau la gamelle, en restant à distance de sécurité. Sans doute cet animal avait-il été battu régulièrement jusqu’à devenir méchant. Ce n’était pas sa faute. Encore maintenant, le pit-bull essayait si fort de l’atteindre que sa chaîne lui rentrait dans le cou et que ses yeux chaviraient de rage.

— Ne t’en fais pas, vieux, dit Pike. Je comprends.

Le chien tira encore plus fort sur sa chaîne.

Pike s’éloigna vers la Riviera.

La portière s’ouvrit au premier tour de clé, mais Pike ne monta pas dedans. Il enfila une paire de gants en latex neufs et commença par regarder dans la boîte à gants, puis sous les sièges avant, en quête d’un téléphone portable ou de tout autre lien concret avec Michael Darko.

Il trouva ce lien sur la banquette arrière, aussi incongru dans cet habitacle pouilleux qu’une rose immaculée : un bavoir de bébé. Blanc et pelucheux, avec un motif de lapins bleus. Constellé sur le devant de taches vertes et orangées. Pike palpa le tissu et en déduisit que le bavoir n’avait pas passé plus de quelques jours dans cette voiture. Il le porta à son nez et constata que les taches étaient récentes. Les orangées sentaient l’abricot, les vertes les petits pois.

Pike plia le bavoir en quatre et le glissa dans sa poche en se demandant ce que Moon Williams avait fait du petit. Ce fut alors qu’il se souvint de sa grand-mère. L’autoroute faisait du bruit, soit, mais plusieurs coups de feu avaient été tirés. Elle ne pouvait pas ne pas les avoir entendus. Son petit-fils et les deux autres cadavres gisaient là depuis au moins trois jours. Elle ne pouvait pas ne pas les avoir découverts.

Pike ferma la Riviera et revint vers le double mobile home. Cette fois, il s’abstint de frapper.

Le chat gris et blanc détala dès qu’il ouvrit la porte, et la même odeur atroce lui envahit la gorge. Le séjour était aussi propre et bien rangé que vu de la fenêtre, mais à peine fut-il entré qu’il aperçut la porte enfoncée au bout du couloir et entendit le jingle joyeux et plein d’entrain d’un jeu télévisé. Pike découvrit Mme Mildred Gertie Williams morte sur le sol de sa chambre. Le petit téléviseur posé sur une commode diffusait une resucée du « Juste prix ». Mme Williams était vêtue d’un pyjama, d’une robe de chambre légère, et de chaussons roses en fausse fourrure ; elle avait reçu deux balles dans le corps et une au front. On lui avait aussi tiré dans la main gauche, mais la balle était entrée par la paume et ressortie côté dos, une blessure de défense typique. Elle avait tenté de dévier l’arme de son agresseur et devait être en train de le supplier quand il avait appuyé sur la détente.

Pike éteignit le poste. Le lit était défait, froissé, avec une télécommande entre les oreillers. Elle regardait la télé lorsqu’elle avait entendu les coups de feu et elle s’était levée pour voir ce qui se passait. Pike se la représenta debout, juste avant d’être assassinée. Il se positionna là où le meurtrier avait dû surgir, mima un pistolet avec sa main droite et visa. Les douilles avaient dû s’éjecter côté droit, donc il regarda à droite et les découvrit entre la cloison et un fauteuil ultra rembourré. Deux douilles de 9 mm, identiques à celles de la caravane.

Pike resta un moment à regarder Mildred Williams défigurée et barbouillée de sang. Plusieurs photos encadrées d’enfants s’alignaient sur la commode, des petites filles et des petits garçons au sourire ébréché dont l’un devait être Moon.

Pike observa les photos. « Voilà comment tu as été récompensée de ton amour », pensa-t-il.

Il la laissa telle qu’il l’avait découverte, ressortit et alla s’asseoir dans un fauteuil de jardin, sous l’auvent. L’air d’ici était frais et agréable, il ne puait pas la mort. Pike expira longuement, avec le diaphragme, pour se libérer de l’odeur. La mort était entrée en lui et il voulait la chasser.

Pike appela John Chen au labo de la SID ; celui-ci répondit en murmurant, toujours aussi parano :

— Je ne peux pas parler. Ils sont partout.

— Contente-toi de m’écouter. Dans quelques heures, des gens de chez vous seront envoyés sur une scène de crime à Willowbrook. Ils y trouveront quatre adultes décédés, trois hommes et une femme, ainsi que trois pistolets de 9 mm et des douilles vides provenant d’une quatrième arme.

— Putain de merde, souffla Chen d’une voix presque inaudible. C’est toi qui les as refroidis ?

— Compare leurs armes aux douilles et aux balles recueillies chez les Meyer. Tu verras que ça colle.

— Putain de bordel de merde ! Tu as retrouvé la bande qui a tué les Meyer ?

— Les douilles des balles utilisées à Willowbrook correspondront certainement à celles que vous avez retrouvées dans la chambre d’Ana Markovic. Le meurtrier d’Ana est probablement aussi l’auteur des homicides de Willowbrook.

— Le quatrième homme ?

— Oui.

— Attends un peu. Tu es en train de me dire que ces mecs ont été tués par un des leurs ?

— Oui.

Pike coupa et appela Elvis Cole.

— C’est moi. Tu es seul ?

— Ouaip. Je suis à l’agence. Je viens de la déposer.

— Du nouveau ?

— Elle m’a montré trois immeubles et m’a fait un topo sur la façon dont Darko gère son réseau de call-girls, mais je ne sais ni si c’est la vérité, ni si ça va nous aider. J’ai fait une demande de recherche de propriété au cadastre, mais je n’aurai pas le résultat tout de suite. J’allais commencer à plancher sur sa sœur.

— Pas la peine de chercher l’historique des appels de Rahmi.

— Tu as retrouvé Jamal ?

Sans citer George Smith, Pike expliqua qu’une personne bien informée lui avait permis de faire le lien entre Michael Darko et un D-Block Crip du nom de Moon Williams, domicilié à Willowbrook. Pike décrivit ce qu’il avait découvert à son adresse.

— Tu crois qu’ils ont été liquidés le même soir que Meyer ?

— Dans les heures qui ont suivi. On en aura la preuve si les tests comparatifs de Chen confirment qu’il s’agit des mêmes armes, et ce sera le cas.

Pike parla ensuite du bavoir.

— Mais pourquoi Darko les aurait-il tués s’ils lui ont rendu le bébé ?

— Qui dit qu’ils le lui ont rendu ? Peut-être qu’ils ont cherché à le garder pour lui soutirer davantage de fric… à moins qu’il ait juste voulu éliminer des témoins gênants.

— Qu’est-ce que tu comptes faire ?

— Appeler la police. Je ne peux pas les laisser comme ça. Il y a des gamins dans le quartier. Ils pourraient tomber sur les corps.

Au moment même où Pike prononçait ces mots, le pit-bull gronda, et Pike vit deux voitures du bureau du shérif approcher dans la rue. Un véhicule banalisé les suivait de près.

— On dirait que je ne vais pas avoir besoin de les appeler. Les shérifs arrivent.

— D’où ils sortent, ceux-là ?

— De leur voiture.

— Tu vois très bien ce que je veux dire.

— Je ne sais pas. Je suis aussi surpris que toi.

Une troisième voiture pie arriva en sens inverse, fermant le cercle autour de la Jeep. Des adjoints en uniforme mirent pied à terre sans hâte particulière. Presque comme s’ils savaient déjà ce qu’ils allaient découvrir. Pike trouva cela curieux.

Il allait mettre fin à la communication quand il repensa au bavoir.

— Ne parle pas à Rina de ce que j’ai trouvé ici, d’accord ? Je le lui dirai moi-même.

— Comme tu voudras.

— Il faut que j’y aille.

Pike rangea son portable et, sans quitter le fauteuil, leva les mains en l’air. Les adjoints le virent. L’un d’eux, un type d’âge mûr aux cheveux gris et au visage dur, approcha du portail.

— Vous êtes Joe Pike ?

— Oui. J’allais justement vous appeler.

— Ben tiens. Ils disent tous ça.

L’adjoint aux cheveux gris dégaina son arme, et ses collègues mirent à leur tour Pike en joue en se déployant le long du grillage.

— Vous êtes en état d’arrestation, lança-t-il. Si vos mains bougent de là où elles sont, je vous descends dans ce fauteuil.

Le pit-bull entra en furie, tirant de toutes ses forces sur sa chaîne. Pike, impassible, observa les deux flics en civil qui venaient de sortir de la voiture banalisée. Deux Latinos d’une quarantaine d’années, au visage familier. La mémoire lui revint tout à coup. La dernière fois qu’il les avait vus, c’était dans une Sentra.

Règle N°1
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